![]() |
|
|
|
Un souvenir indélébile d’une époque de misère Par Patrice Kazadi, Directeur, Alfa Kasayi Alfa Kasayi est une association de alphabétisation populaire à Mbuji-Mayi 1 juillet 2008
Un jour, en fin de matinée, un mini- bus s’arrête devant un comptoir d’achat de diamant. C’était au mois d’avril dernier. Aussitôt stationné, sa portière s’ouvre, et à l’instant même, deux jeunes gens se lancent au sol et se mettent à marcher à pas pressés vers l’entrée de l’enceinte où est situé le comptoir. Celui-ci appartient à un négociant libanais installé à Mbuji-Mayi depuis plusieurs années. Très connu dans les milieux des exploitants artisanaux du diamant pour ses fréquentes interventions bienfaisantes, il en reçoit souvent diverses demandes d’assistance. Cela surtout lorsqu’il leur survient, dans leur travail, quelque grave malheur. En effet, ces jeunes gens ; communément appelés « creuseurs » dans les régions diamantifères du Congo, meurent très souvent d’une mort tragique. Les uns périssent sous les galeries souterraines, qu’ils creusent eux-mêmes, lorsqu’il se produit l’effondrement du sol dans leur mine ; les autres tombent sous les balles des groupes antagonistes armés, dits « suicidaires ». Ceux-ci sont des creuseurs malintentionnés, qui tentent de s’attribuer le droit exclusif d’exploitation de la mine. Mais cela n’est pas notre sujet du jour. Alors, revenons-en à nos moutons. Les deux jeunes gens sortis du véhicule étaient, avec trois autres, complices d’une étrange magouille. Ils tentaient, en effet, de gagner de l’argent par une manoeuvre aussi ignoble que criminelle. A bord du mini- bus restaient le conducteur du véhicule et deux autres personnes. De celles-ci, l’une, couchée sur la plate-forme du véhicule, feignait d’être morte tandis que l’autre, assise, faisait semblant de veiller sur un cadavre. Apparemment, ces individus louches misaient que compter sur la compassion du libanais pour pouvoir effectuer leur embuscade. A propos, les deux, qui ont quitté le véhicule, voulaient adresser une demande d’aumône au Libanais. Mais ils ne pouvaient pas accéder, à leur gré, au comptoir. L’entrée de l’enceinte n’étant pas libre, ils devaient d’abord en demander la permission. En effet, deux agents de police étaient commis à la garde de ce lieu. Ainsi, un demandeur s’avance et expose rapidement le motif de leur visite. Mais, pendant qu’il parlait, l’idée vient à l’un des agents d’aller voir la personne qu’on disait morte, pour laquelle on venait solliciter l’assistance. Là, il déjoue une étrange imposture. Le cadavre fictif fait des petits mouvements : il bouge doucement la tête et bat tranquillement les paupières. Le policier s’en aperçoit et s’écrie : Hélas ! cet homme n’est pas vraiment mort! Quelle espèce de cadavre est-ce! Venez tous voir; s’adresse-t-il aux nombreuses personnes qui se trouvaient là aux environs. Celles-ci accourent vite et les plus curieuses montent rapidement dans le véhicule. Ils scrutent le cadavre et constatent , comme le policier, qu’il ne s’agissait pas d’une personne morte, mais plutôt d’un vulgaire trompeur, membre d’un groupe de mystificateurs égarés par la misère. Voyant que leur manigance est dévoilée, et craignant de tomber sous le coup de l’expéditive justice populaire, nos imposteurs, pris de panique, prennent la poudre d’escampette. Heureusement -ou malheureusement-, deux d’entre eux sont rattrapés par les coureurs plus rapides. Présentés finalement au juge, ils sont poursuivis en justice pour tentative d’escroquerie. Voilà où la misère peut conduire des individus et même toute une société humaine: à l’ignominie.
Pour découvrir comment contribuer aux activités d'Alfa, il faut visiter son site: http://www.alfakasayi.org/nos_comptes.htm
|
||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||